Cadre juridique

La loi n° 2021-1018 du 2 août 2021, expliquée.

C'est cette loi qui institue le Passeport de Prévention en France. Elle introduit un nouvel article — L.4141-5 — dans le Code du travail. Voici ce qu'elle dit, ce qu'elle impose, et ce qu'on a appris des quatre décrets d'application publiés depuis.

6 min de lecture Mis à jour le 27/04/2026

L'origine : l'ANI du 9 décembre 2020.

La loi n'est pas tombée du ciel. Elle est l'aboutissement d'un Accord National Interprofessionnel (ANI) signé le 9 décembre 2020 par les partenaires sociaux (MEDEF, CPME, U2P côté patronal ; CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC côté syndical). Cet ANI s'inscrivait dans une volonté de renforcer la prévention primaire en santé au travail, après deux décennies de recul progressif des AT/MP.

L'ANI proposait notamment la création d'un dispositif de traçabilité des formations SST individuelles — pour mettre fin à un constat partagé : un salarié qui change d'employeur perdait toute visibilité sur ses habilitations passées, et l'État n'avait aucune photographie du niveau réel de formation à la prévention dans le pays. Le Passeport de Prévention répond à ces deux problèmes.

Le texte de loi : article L.4141-5 du Code du travail.

La loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 dite "pour renforcer la prévention en santé au travail" transpose l'ANI dans la loi française. Elle insère dans le Code du travail l'article L.4141-5, qui peut se résumer en quatre points :

  1. Les attestations, certificats et diplômes obtenus par le travailleur dans le cadre des formations à la santé et la sécurité au travail sont consignés dans un passeport de prévention numérique.
  2. L'employeur renseigne ce passeport pour ce qui le concerne — c'est-à-dire les formations qu'il dispense ou finance au profit du salarié.
  3. Le salarié peut également y déposer des éléments à sa propre initiative (formations suivies hors employeur, par exemple lorsqu'il était demandeur d'emploi).
  4. Le passeport est mis à disposition de l'employeur par le salarié. L'employeur n'a pas d'accès direct automatique aux données — il doit obtenir l'autorisation de consultation par le salarié.
À retenir

Le Passeport de Prévention crée un droit individuel à la traçabilité pour le salarié, doublé d'une obligation déclarative pour l'employeur. Les deux sont liés mais distincts : la propriété des données reste au salarié.

Les quatre décrets d'application.

L'article L.4141-5 pose le principe ; ce sont les décrets qui précisent les modalités techniques et opérationnelles. Quatre textes structurent aujourd'hui le dispositif :

Décret / arrêtéDateApport principal
Décret n° 2022-395 18 mars 2022 Pose les jalons du portail d'information du Passeport de Prévention. Confie la maîtrise d'ouvrage à la Caisse des Dépôts (CDC).
Décret n° 2023-1073 20 novembre 2023 Autorise la collecte du NIR (numéro de sécurité sociale) pour identifier de manière fiable le salarié bénéficiaire de la formation.
Décret n° 2025-748 1er août 2025 Fixe les délais de déclaration (9 mois en transitoire, 6 mois en régime de droit commun) et le périmètre des formations à déclarer.
Arrêté du 1er août 2025 1er août 2025 Spécifications techniques du fichier d'import CSV : encodage UTF-8, séparateur pipe, colonnes ADF / JDR, taille max 200 Mo.

Ce que la loi oblige concrètement, côté employeur.

Pour passer du texte à la pratique, voici la traduction opérationnelle des obligations qui pèsent sur l'employeur :

  • Tracer toutes les formations sécurité dispensées ou financées au profit des salariés (initiale, recyclage, MAC, habilitation…) — quelle que soit la nature de la formation, en interne ou via un organisme externe.
  • Déclarer ces formations dans le Passeport de Prévention du salarié, via le portail employeur Caisse des Dépôts, accessible par Net-Entreprises.
  • Respecter les délais de déclaration (9 mois en transitoire, ramené à 6 mois à partir du 1er janvier 2027), à compter de la fin du trimestre civil de la formation.
  • Conserver les justificatifs (attestations, certificats, diplômes) pour permettre, en cas de contrôle, de prouver la cohérence des données déclarées.
  • Ne pas accéder aux données sans autorisation explicite du salarié — le passeport est sa propriété.

Qui est concerné par le dispositif.

L'article L.4141-5 s'applique à tous les travailleurs salariés au sens du Code du travail :

  • CDI et CDD (toutes durées)
  • Intérimaires (la déclaration incombe à l'ETT, pas à l'entreprise utilisatrice)
  • Alternants et apprentis
  • Demandeurs d'emploi suivant des formations sécurité financées (France Travail, OPCO…)
  • Stagiaires SST financés par l'entreprise d'accueil

Sont exclus du dispositif : les micro-entrepreneurs (indépendants), les étudiants en formation initiale (sauf cas stagiaires SST ci-dessus) et les agents de la fonction publique (régime à part, en cours de définition).

Questions fréquentes.

Quelle est la loi qui crée le Passeport de Prévention ?
La loi n° 2021-1018 du 2 août 2021, dite "pour renforcer la prévention en santé au travail". Elle introduit l'article L.4141-5 dans le Code du travail, qui pose le principe d'un registre national des formations sécurité.
Que dit exactement l'article L.4141-5 ?
Que les attestations, certificats et diplômes obtenus dans le cadre des formations sécurité sont consignés dans un Passeport de Prévention. L'employeur le renseigne pour ce qui le concerne ; le salarié peut y déposer des éléments de sa propre initiative ; et il en garde la propriété.
Quels décrets d'application encadrent le dispositif ?
Quatre textes : décret 2022-395 (jalons du portail), décret 2023-1073 (collecte du NIR), décret 2025-748 (délais et périmètre), arrêté du 1er août 2025 (specs techniques CSV).
À partir de quand l'employeur est-il obligé de déclarer ?
Portail ouvert le 16 mars 2026 avec une période transitoire jusqu'au 31 décembre 2026 limitée aux catégories 1 et 2. Élargissement aux catégories 3 et 4 le 1er octobre 2026. Régime de droit commun à partir du 1er janvier 2027.
Qui est concerné par le Passeport de Prévention ?
Tous les travailleurs salariés : CDI, CDD, intérimaires, alternants, apprentis, plus les demandeurs d'emploi en formation financée. Exclus : micro-entrepreneurs et étudiants en formation initiale (hors stagiaires SST financés par l'entreprise).

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